CLOU - MAGAZINE

NUMERO 25 - JANVIER 2011
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LES POUBELLES DE L'HISTOIRE : SSANGYONG RODIUS

Ssangyong, outre le fait que son nom soit imprononçable dans la majorité des langues, se distingue par une histoire assez mouvementée : fondé par le complexe d'équipement militaire Hagongwhan, plus tard connu sous le diminutif Dong-A, prit son indépendance en 1977, racheta ensuite Panther (Le très discret fabricant de la Kallista, une pseudo-réplique d'un goût douteux), conclut un accord technique avec Mercedes Benz, fut absorbé par Daewoo qui intégra ses modèles dans sa gamme... avant de revendre Ssangyong à des investisseurs qui le revendirent au chinois SAIC, qui mena la marque à la faillite. Mais le gouvernement coréen intervint, ressuscita la marque pour la confier à l'indien Mahindra !

Bon, vous vous dites sans doute que pour que tout ce beau monde s'agite ainsi, la gamme du constructeur coréen devait receler de bien brillantes pépites.
Le modèle de plus emblématique des années 2000 est sans conteste le pachydermospace Rodius.
Voilà un projet qui avait vu un nombre incroyables de fées penchées sur son berceau. Pensez donc !
Le soubassement du modèle provient de l'ancienne classe S (Type W140, 1990 / 1998) qui ne brillait pas par sa finesse, mais qui savait ce que c'était que de porter du poids.
Le styliste, Ken Greenley, a beaucoup travaillé dans le prestige (Aston Martin Virage, Bentley Azure), là aussi sans beaucoup de subtilité mais avec quand même un certain respect pour les formes classiques.
Et le cahier des charges ne manquait pas d'ambition non plus : il s'agissait d'évoquer les yachts de luxe des milliardaires...

Le résultat, vous l'avez sous les yeux : comme un boa qui aurait avalé une fourgonnette, le Rodius semble vouloir concilier le dessin d'une berline et les proportions d'un utilitaire... et ça ne rentre pas.

Les commentateurs spécialisés, lors du lancement, ont cru à une blague, mais durent se rendre à l'évidence : cette calamité allait être mise en vente et, qui sait, trouver des acheteurs.

Touchez ma bosse, Monseigneur !  
D'emblée, la face avant et la ligne générale furent comparées à une "tong" que l'on aurait laissé cuire... ou à un abri-bus qui se serait effondré. Bien évidemment, la forme biscornue de la partie arrière retire toute visibilité latérale aux passagers du dernier rang.

Bref, ce véhicule permet à chaque père de famille nombreuse de devenir une star dans son quartier. A contrario, il risque fort de voir ses enfants déserter le véhicule familial pour ne pas être vue dans cette "chose".

L'ampleur du Rodius permet de disposer d'un espace intérieur proprement gigantesque dans lequel les gamins peuvent jouer à cache-cache pendant des heures (attention de ne pas en perdre).

Le conducteur, situé en altitude, domine la circulation ambiante, ce qui lui permet d'éviter de voir les autres conducteurs rigoler sur son passage. Le tableau de bord a été placé au centre, ne laissant sous les yeux du conducteur que les voyants d'incident moteur, les flèches de clignotants et le rappel des rapports de vitesse, le tout noyé dans un océan de plastique noir.

Une précaution est à rappeler à tout possesseur de Rodius, en particulier pendant les premières années : bien vérifier le niveau d'huile (le manuel préconise même un contrôle quotidien !) car la consommation peut laisser croire que nous sommes en face d'un moteur deux temps ! Et les imprudents peuvent se retrouver avec un moteur cassé prématurément.

Mais ne soyons pas trop méchant : ce modèle offre d'un des plus intéressants prix au mètre cube de plastique et de tôle...

Croisement improbable entre un cachalot et un "lapin crétin", la face avant ne respire pas la subtilité...   
Laurent Bunnik

 

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